Entretien avec le créateur des « Chroniques du Krak des Chevaliers »
Notre ami Denis reçoit M. Guillaume Marchal, chevalier de Notre-Dame et fondateur de l’émission web-radio « Les Chroniques du Krak ».
Les sujets suivants dans cet entretien : la vocation de l’émission, le scandale des récentes « Nuits Blanches » à Paris, la laideur arme contre-culturelle de la Révolution, l’Ordre de Notre-Dame et les partis politiques, le système politique préféré des chevaliers, la musique dans les « Chroniques du Krak », la Sainte Vierge et ses chevaliers, les rubriques et thèmes de l’émission.


Guillaume Marchal, je suis vraiment heureux de vous recevoir aujourd’hui.
Croyez bien que je suis également heureux d’être en votre compagnie. Votre site est, outre sa richesse esthétique rendant sa lecture très agréable, une mine d’informations sur cette chrétienté que l’Ordre de Notre-Dame est voué à recréer.
J’ai remarqué parmi les fines plumes de votre site, Lame de France, le nom de M. Franck Bouscau, qui est aussi un ami. Je dois préciser que M. Bouscau est professeur agrégé de faculté de droit à l’Université de Rennes, spécialisé dans l’Histoire du Droit et des Institutions, avocat honoraire à la Cour de Paris et spécialiste en droit traditionnel.
Depuis plus de trois ans, j’écoute régulièrement vos « Chroniques du Krak », cette émission que vous avez fondée et qui a su toucher un public fidèle, en mêlant avec une rare justesse l’esprit de la chevalerie, l’amour de la France et de ses traditions, ainsi que la profondeur de la Foi.


Nous avons voulu attirer l’attention sur ce joyau en pierres du désert syrien, le Krak des Chevaliers, construit par l’Ordre de l’Hôpital durant les croisades. J’ai imaginé une voix grave, celle du frère Hector, sortant de ces murs pour raconter la Chevalerie, la Royauté, etc.
Ce que vous me dites est très aimable, mais c’est surtout Hector de Maris qu’il faut féliciter : sa voix d’ancien professionnel de la radio a su fidéliser un public depuis trois ans. Il s’est entouré de la collaboration efficace de deux frères de l’Ordre, l’écuyer Joseph pour le montage de l’émission et le frère d’armes Alban Guillemois, bien connu dans le monde de l’édition et des médias audio-visuels, pour les illustrations de cette vidéo.
Comment pourriez-vous définir la force de cette émission ?
C’est, il me semble, son attachement à traiter des sujets historiques et politiques de fond, ce que d’autres animateurs du web font aussi très bien dans leurs vidéos didactiques. Cependant, Hector les traite à la manière d’une émission de radio.
Aujourd’hui, j’aimerais revenir, avec vous chevalier Guillaume Marchal, sur cette aventure : comprendre ce qui l’a inspirée, ce qu’elle cherche à éveiller, et ce que vous entrevoyez pour la suite et c’est cela que je voudrais explorer avec vous. Entrons dans les détails pour mieux comprendre la nature et la vocation de cette émission. À chaque épisode on entend l’expression « votre émission de reconquête culturelle ». Pourquoi tenir cette démarche de reconquête culturelle aujourd’hui, et pourquoi avoir choisi le format d’une émission de radio ?
Je commencerais d’abord par la dernière question : « pourquoi avoir choisi le format d’une émission de radio ? » Les gens, en écrasante majorité, ne lisent plus hélas. Je me souviens de la table centrale de la salle d’attente du médecin, couverte de revues, dans les années 1970. Maintenant les revues ont disparu : tout le monde regarde son téléphone. Prenons donc les gens par leur faible : puisqu’ils préfèrent l’image et le son, offrons-leur cela, mais pour instruire et pas pour abrutir. Cependant je n’ai pas voulu un format austère, par exemple à la manière des émissions de Radio France, dont je me contenterais de dire que je ne partage pas l’orientation idéologique. La culture est confisquée par la Gauche marxiste ? Eh bien, enfonçons la porte au bélier. Pour que notre message atteigne ses cibles, il fallait un enrobage ludique, essentiellement par l’humour et la musique.

Il me semble que les vices de notre époque sont entretenus dans le public par le dégoût de la lecture, au profit des écrans. Nous continuons à subir les épiphénomènes de 1789 au travers de la laideur et de l’ignorance. Le savoir est suspect.
« La République n’a pas besoin de savant » disait, le 8 mai 1794, le juge Coffinhal, premier wokiste de l’Histoire au savant Lavoisier, condamné à être décapité… Vous me demandez quelles sont les raisons de cette « Reconquête » ? Mais regardez autour de vous : les plus belles choses, églises, statues, sont vandalisées ! Les vandales qui barbouillent les statues historiques deviennent leurs héros à ce wokisme : les néo-cancres cassent et dégradent ce qu’ils sont incapables de comprendre. Vous allez me dire pourtant que le mouvement compte des universitaires. Certes, mais instruit et intelligent sont deux états différents. Avant c’était la boule puante écrasée en cours d’Histoire, maintenant c’est la peinture rouge sur les statues historiques ! Il fallait donc quelque part sur les ondes, une ré-information.
Je comprends mieux. Dites-moi, vos « Chroniques du Krak » traitent de manière originale des sujets aussi divers et variés que la défense du monde paysan, la critique du suffrage universel, la promotion de la Chevalerie… Avez-vous un commentaire à faire ?
Hector de Maris a en effet été ému, et révolté, comme moi par la répression violente des éleveurs et l’abattage inattendu et inouï des cheptels bovins par la gendarmerie ! Rendez-vous compte !
Notre animateur va également, dans l’émission de septembre prochain, dénoncer la profanation de nos églises par l’évènement blasphématoire à Paris : « Nuit Blanche » Des militants catholiques, auxquels se mêlaient parfois des monarchistes, avaient manifesté devant chaque église menacée de profanation. Vous savez que les laquais du régime en uniforme bleu tricoloré étaient intervenus pour procéder à des interpellations ! Les forces du désordre ont donc interpellé des catholiques récitant le chapelet ! Bien-entendu, cela rappelle le début des Guerres de Vendée. Une émission de radio de reconquête culturelle et politique se doit de le rappeler. Mais tout cela n’est qu’une conséquence du péché mortel de la France contemporaine, la Révolution et son église : la république.

Si vous me permettiez une digression, je voudrais parler de la laideur de la mode vestimentaire contemporaine, masculine et féminine. C’est important. On ne sort pas de notre sujet sur la Reconquête nécessaire.
Je vous en prie.
Lorsqu’il nous arrive de regarder les photographies de nos grands-parents et arrière-grand parents, ou simplement de consulter les archives filmées de l’Institut National de l’Audiovisuel, nous sommes frappés par l’élégance ordinaire de nos aïeux. Ces dames ne sortaient jamais « en cheveux » c’est-à-dire sans chapeau. Ces messieurs ne circulaient jamais sans chapeaux ni gants. Les ouvriers mêmes, dans la simplicité de leur uniforme blouse et casquette, étaient corrects. De nos jours, c’est l’horreur ordinaire. Il m’est arrivé de voir sur les réseaux sociaux un mariage « montré en exemple ». La mariée se produisait en chemisier transparent, porté sur un accessoire qui faisait se demander s’il s’agissait d’une jupette ultra-courte ou une large ceinture… A ses côtés se tenait le mari… en sweat-capuche ! Je n’insiste pas plus sur la mode actuelle ; on a tous des exemples sous les yeux chaque jour. J’aurai une première réflexion. Le prêt-à-penser, est souvent conditionné par le prêt-à-porter, apparu en France au cours des années 1950, le « ready-to-wear ». Cette manière inélégante de vivre, est importée des USA comme tout ce qui moche. Conçu pour permettre d’être relax, le « ready-to-wear » bannit tout ce qui lui semble être trop sophistiqué, pour en arriver à un habillement standardisé. L’évolution se fit en pente raide et, actuellement on assiste chez ces dames, surtout l’été, à des tenues immodestes, où la chair s’étale, à proportion que le tissu se rétrécit… Cela m’amène à une seconde réflexion. En 1793, les révolutionnaires jacobins du club de la Montagne faisaient régner la Terreur. Ces possédés du démon, qui décapitaient, éventraient, et allaient même jusqu’à manger la chair humaine, étaient débraillés ; le soin à se vêtir pour avoir un aspect élégant, était suspect d’aristocratisme ! Combien de malheureux ont été massacrés pour simplement avoir été trouvés élégants !

Eh bien, c’est le même esprit démoniaque qui habite nos contemporains les plus révolutionnaires, qui ne veulent pas entendre parler ni de Dieu ni de la Patrie. J’explique ainsi cette manie actuelle à être habillés comme des sacs. Partagez-vous ma pauvre philosophie de comptoir ?
J’avoue avoir été intéressé par votre analyse, chevalier Guillaume Marchal. Parmi les batailles que vous abordez et que j’ai rappelé, lesquelles vous semblent les plus urgentes à mener aujourd’hui ?
Les sujets qui me semblent les plus fondamentaux sont la Contre-Révolution qui est une Croisade, et la Chevalerie qui est une croisade permanente.
Je dois être honnête avec vous : je n’ai pas eu l’occasion, dans ma vie, de parler à beaucoup de chevaliers. On pense tout de suite aux costumes, aux reconstitutions, ou à des groupes ésotériques et maçonniques. Vous, vous avez fait un autre choix. Qu’est-ce qu’un Ordre de chevalerie apporte aujourd’hui que ne peuvent pas apporter les mouvements militants que nous connaissons ?
Je ne suis pas entré en Chevalerie par goût du costume historique : vouloir être chevalier parce-qu’on trouve beaux les tricornes à plumes, c’est comme rejoindre la Tradition catholique par goût pour le Grégorien. La Chevalerie qui n’est pas la reconstitution historique, à fortiori, n’est pas non plus un convent maçonnique, ni un cercle d’intellectuels gnostiques.

Je pensais en 1996 entrer dans un tiers-ordre, pensant la Chevalerie morte. C’est cette dernière qui m’a rattrapé (sourire), prouvant qu’elle était bien vivante. Dans les années 1960, avec les westerns et les films de corsaires, Hollywood faisait de nombreux films de chevalerie, notamment avec Robert Taylor ou Errol Flynn. L’industrie du cinéma américain a démultiplié les productions à caractère chevaleresque mais n’a pas fabriqué plus de chevaliers pour autant.
Le cinéma et la télévision, par ces plaisantes caricatures, ont causé un certain tort à l’idéal. Pour le quidam du Café du Commerce, le chevalier porte obligatoirement une armure et se déplace à cheval. Qu’est-ce qu’un ordre de chevalerie apporterait aujourd’hui que ne pourraient faire les mouvements militants ? Il est vrai que les armées de la Révolution sont écrasantes.
L’Ordre de Notre-Dame ne recherche pas le nombre pour lui-même. L’entrée dans sa branche traditionnelle est précédée d’un temps de connaissance, de formation et de discernement, afin que chacun puisse mesurer pleinement les engagements qu’elle implique.
Car cet engagement ne se limite pas à une adhésion de principe : il suppose une vie chrétienne exigeante, le respect d’observances, une formation régulière, mais aussi la volonté d’agir concrètement dans la cité, chacun à son niveau et jusque dans son environnement local, au service du Christ-Roi. À cela s’ajoute une pratique suivie de l’entraînement physique, sportif et martial. Un tel engagement demande nécessairement du temps, de la constance et un véritable investissement personnel.
Il est donc naturel que l’Ordre rassemble des effectifs plus modestes que des organisations fondées sur une adhésion plus large. Cette dimension n’est pas recherchée pour elle-même: elle est simplement la conséquence d’une conception exigeante, concrète et fraternelle de l’engagement.

Le nom « militant » vient de « miles » signifiant « chevalier ». Le chevalier de Notre-Dame est un militant qui, pour agir, a reçu un mandat de la Sainte Église en vertu de son adoubement. La différence est là et elle est de taille. Pour réussir, un mouvement a besoin d’être nombreux.
Même si le nombre est important et il l’est, la Chevalerie peut réussir différemment. Je ne peux ici être précis, comme vous l’imaginez bien, on a vu, dans l’histoire de notre Ordre qui remonte à 1945, des résultats être accordés un petit nombre de nos frères
C’est un professionnel du feu qui doit lutter contre les incendies. De même, ce doivent être des professionnels du combat religieux et politique, de par leur adoubement, qui doivent être envoyés au feu. Nous avons certains de nos frères qui sont à la tête de cercles de militants monarchistes. Remarquez que, dans l’histoire médiévale, les chevaliers représentaient toujours la minorité encadrante par rapport à la majorité soldatesque. Cette tradition donnera les officiers de cavalerie, de nos jours en France les régiments de l’Armée Blindée-Cavalerie dite ABC. Les chevaliers ne seront jamais plus nombreux que les militants politiques et c’est normal. Ce n’est pas dans leur tradition.
En écoutant l’émission, on comprend vos critiques du monde moderne : déracinement, matérialisme, démocratie parlementaire… À l’inverse, diriez‑vous que vous défendez un système politique particulier ?
Notre belle Règle précise, en son chapitre XXI :

« Quant aux mouvements ou aux manifestations politiques, les chevaliers comprendront aisément que l’Ordre se place sur un tout autre plan et que son combat ne saurait s’abaisser jusqu’à devenir une lutte de parti » Il existe des mouvements catholiques honorables. Cependant, par rapport à la noblesse de l’état chevaleresque, l’activité fébrile du parti politique, menacé par l’activisme et en quête perpétuelle du nombre démocratique pour être efficace, lui est objectivement inférieur.
Notre Règle ajoute cependant que les chevaliers peuvent, à titre individuel, appartenir à un mouvement qui ne serait pas condamné par l’Église. Je parle de la sainte Église, non pas de son ersatz conciliaire. A titre individuel, je suis partisan d’une monarchie autoritaire et antiparlementaire et reste convaincu que le fils de Louis XVI n’est pas mort en 1795 mais en 1845 mais qu’il eut une descendance masculine jusqu’à nos jours. Ceci étant dit, si un gouvernement authentiquement nationaliste et français devait être instauré, dans l’Espérance du Roi, pour sauver la France catholique, j’y serais favorable. Le général Franco fit plus pour l’Espagne catholique qu’Alphonse XIII. De même le Duce, Benito Mussolini, fit plus pour l’Italie que le roi Victor-Emmanuel III.
Guillaume Marchal, vos « Chroniques », animées par Hector de Maris, sont conçues comme une émission de radio, et la musique y occupe une place remarquable : du « Dies Irae » de Mozart au groupe The Corrs, d’Angelo Branduardi au Chant Grégorien… Pourquoi la musique est-elle si centrale, et pourquoi une telle diversité ?
Je suis convaincu que la beauté, l’harmonie peuvent conduire à Dieu par des voies détournées. Dieu ne se trouve pas dans le bruit. On attribue à saint François de Sales cette citation : « Le bruit ne fait pas de bien ; le bien ne fait pas de bruit » La beauté d’une cathédrale gothique incite à y pénétrer. Étant donné que les « Chroniques du Krak » sont pensées comme une émission de radio, notre chroniqueur vedette y sème des musiques, religieuses comme profanes, avec un seul mot d’ordre : l’harmonie. Aussi on y entend les Coors, mais aussi Angelo Branduardi le grand artiste baroque italien des années 1980, certaines chansons de William Sheller. Des chansons country peuvent aussi figurer dans la programmation. La musique est centrale en effet. Elle est nécessaire. Les grandes et belles idées sont mieux intériorisées lorsqu’elles sont encadrées par une harmonie musicale. Ah j’oubliais. Nous proposons aussi de la musique épique aussi pour illustrer nos thèmes sur la Chevalerie.
Chaque émission sort le premier samedi du mois, en l’honneur de Notre-Dame. Notre-Dame est au cœur de votre démarche. Que cela signifie‑t‑il concrètement pour vous ?

Nous sommes chevaliers de Notre-Dame. Chaque nouvel écuyer avant d’entrer dans l’Ordre, doit avoir fait sa « Consécration de Saint-Esclavage à Jésus par Marie » selon la méthode de saint Louis Marie Grignion de Montfort. Or le Père de la future Vendée Militaire a écrit dans son « Traité de la Vraie Dévotion », que la Mère de Dieu devait être au début, au milieu et à la fin de chaque action de ses esclaves que sont ses chevaliers. Les « Chroniques du Krak » ou l’écho maladroit de cette vie mariale montfortaine conçue pour les laïcs séculiers que nous sommes.
Pour finir, et pour ceux qui nous lisent et n’ont jamais écouté les « Chroniques du Krak » : par où commencer ? Que peut-on y attendre pour la suite ?
Le mieux est de commencer par le commencement et d’écouter toutes les émissions (rire). Elles sont disponibles sur « Telegram », sur la plateforme « Odysee », sur « archive.org ». Le mieux est, quand on vient d’arriver, de les retrouver, archivées, sur « Médias Presse Info ».


Comme vous évoquez ceux qui, de nos amis, découvriraient notre émission, permettez-moi de présenter le contenu.
On y trouve une rubrique ironique sur l’actualité : « La Gifle d’Or » patronnée par Notre-Dame de la Gifle.
En religion, une rubrique sur la Sainte Église est proposée. On y parle aussi de Chevalerie vous vous en doutez. Également, les mouvements royalistes et nationalistes historiques, la Croisade et une rubrique littéraire « L’Épée Marque-Page » qui naîtra dans le prochain numéro. Enfin, sur un modèle qui existe déjà à la télévision, notre journaliste Gabriel Terazi reçoit des personnages décédés du passé ! Dans l’esprit de l’écrivain et journaliste Jean Sevilla dont je savoure sans me lasser son « Historiquement Correct », nous tentons de remettre l’Histoire à l’endroit. La prochaine émission, le numéro XV, sera diffusée le samedi 5 septembre 2026. Vous y entendrez donc notre condamnation des « Nuits Blanches », mais aussi ce qu’il faut penser de la vague d’indignations après les sacres des évêques traditionalistes du 1er juillet dernier, le Centenaire des Cristeros du Mexique (1926-2026), la condamnation des Templiers, et d’autres thèmes que je vous laisserai découvrir le 5 septembre prochain.
