La belle histoire des Chevaliers de Notre-Dame

Un entretien avec un chevalier de l’ordre

Nos lecteurs se souviennent peut-être de la légitime colère des Chevaliers de Notre-Dame, au mois de novembre 2025 ; un courroux motivé par le scandale de la note du Dicastère pour la Doctrine de la Foi (précisons : la foi conciliaire) prenant la forme d’un document romain niant les souveraines missions de « Médiatrice » et de « Co-Rédemptrice » de Marie.

Je m’en étais fait l’écho sur ce site 1. J’avais également publié la réaction de la Militia Sanctae Mariae, après les manœuvres crapuleuses de la crapaudaille qui se prend comiquement pour l’Ordre de Notre-Dame 2.  Ces évènements m’ont donné l’occasion d’inviter un de ces chevaliers à répondre à mes questions, tant il est vrai qu’on connaît trop mal cet ordre.

Hector de Sainte-Hermine       Bonjour monsieur. Je suis heureux de recevoir, pour Lame de France, un chevalier de Notre-Dame. 
 
Bruno Marie Rochet       Bonjour monsieur. Notre Maître m’a chargé de répondre favorablement à votre invitation et de vous en remercier.
 
Hector de Sainte-Hermine       Il est normal selon moi de donner la parole à ce qui est de nos jours le seul ordre de chevalerie authentique. Un minimum de recherches personnelles effectué pour préparer notre rencontre, m’a convaincu que les grands ordres de chevalerie, nés en Terre Sainte, aujourd’hui, ont soit perdu le sens de leur vocation militaire, soit sont devenus des décorations honorifiques. Il n’y a que votre ordre qui milite pour le Christ-Roi et qui, d’autre part, perpétue les traditions chevaleresques. Cet entretien est donc destiné à faire connaître votre histoire à nos visiteurs. Autant dire que cet article sera long, mais surtout riche d’informations. Nous prions nos lecteurs de faire preuve de patience…
 
Bruno Marie Rochet (sourire)       Une histoire de plusieurs décennies ne se traite pas en cinq minutes…
 
Hector de Sainte-Hermine       En introduction, j’aimerais vous demander votre commentaire sur le harcèlement imbécile entrepris par les énergumènes qui se font passer pour vous.

Bruno Marie Rochet       Soyons clair, il n’existe que deux ordres « de NotreDame ». Vous avez d’abord le canal historique qui existe toujours et qui avait donné, jusqu’en 1965, les gages des plus belles promesses pour l’avenir de la contre-révolution et de la Chevalerie. Hélas, comme la plupart des congrégations catholiques militantes, il devait succomber au mirage du concile Vatican II. Vous avez ensuite la branche traditionaliste : « Observance des Saints Cœurs de Jésus et Marie », fondée en 1989, dont votre serviteur a l’honneur de faire partie. C’est ce qu’il faut avoir bien en tête, lorsqu’on entend parler d’un autre « Ordre de Notre-Dame » : ce dernier groupe n’est qu’une escroquerie conduite par des félons doublés d’escrocs.

Blason de l’Ordre de Notre-Dame resté conciliaire : « d’argent à une croix patoncée d’azur »

Hector de Sainte-Hermine       J’avoue ne pas comprendre. Vous parlez de ramification, or vos buts sont diamétralement opposés à une maison-mère qui obéit en tout aux évêques diocésains… Dans votre cas, la branche est séparée du tronc, non ?

Blason de l’Ordre de Notre-Dame restauré dans la Tradition : « d’argent à une croix patoncée d’azur, aux cœurs unis de gueules posés en abîme »

Bruno Marie Rochet (sourire)       J’espère que nous ne sommes pas une branche morte ! … Vous avez raison. Les historiens qui, par facilité de langage traitent de l’Ordre de Notre-Dame, évoquent la « branche traditionaliste ». Cependant il est vrai, comme vous le faites justement remarquer, que la poignée de chevaliers qui
ont quitté la « maison-mère » selon vos termes, n’ont réalisé, ni plus ni moins, qu’une restauration de l’Ordre ; cette restauration, survenue donc en 1989, obtint d’ailleurs les encouragements de Mgr Lefebvre. Ainsi, lorsqu’on parle des Chevaliers de Notre-Dame, il ne peut s’agir que de l’ordre hélas conciliaire, ou de notre observance traditionnelle. Le reste sont des chansons… Laissons donc les félons et les faussaires chanter leur partition chanter, mais le seul problème est que des âmes crédules, ou mal informées, au triste spectacle des faussaires, peuvent les prendre pour les vrais « Chevaliers de Notre-Dame »…

I – 1945 – Une fondation parmi les ruines

Hector de Sainte-Hermine       Monsieur Rochet, par qui l’Ordre de Notre-Dame a-t-il été fondé ?
 
Bruno Marie Rochet       Notre fondateur fut l’Abbé de Saint-Paul de Wisques, une abbaye bénédictine en Pas-de-Calais. Je parle de Dom Marie Gérard Lafond, aujourd’hui décédé depuis quinze ans. Comme pour l’« opération survie » de la Tradition, avec la fondation du séminaire d’Ecône par Mgr Lefebvre, ce que réalisa Dom Lafond n’était ni plus ni moins que … l’opération survie de la Chrétienté.
 
Hector de Sainte-Hermine       Ne craignez-vous pas que cela fasse sursauter l’observateur le moins informé sur votre nature et vos buts ?

Bruno Marie Rochet       Entendons-nous bien. Je ne prétends pas que les Chevaliers de Notre Dame vont, parce qu’ils sont traditionalistes en tout, vont mettre fin à la crise dans « l’Église occupée », selon le mot célèbre du regretté Jacques Ploncard d’Assac. Nous sommes peu nombreux face au travail à abattre ; ce travail est immense. Mais le problème est-il vraiment dans le nombre des combattants ? La Sainte Écriture nous avertit au psaume 32 : « La victoire à la guerre n’est pas dans la multitude des combattants, c’est du ciel que vient la force. » Parlons de la Chevalerie en général, si vous préférez. Elle, et elle seule, confère au militant catholique, de par l’adoubement du chevalier, le mandat ou mission et les grâces d’état pour vaincre.

Sommes-nous un ordre de chevalerie, oui ou non ? N’est-ce pas notre œuvre que d’ériger et garantir la civilisation chrétienne ? Lorsque vous vous tapez la question suivante dans votre moteur de recherches Google : « Qui sont les chevaliers de Notre-Dame ? », vous voyez apparaître, en haut de la page :
« Les chevaliers de Notre-Dame – en latin Militia Sanctae Mariae- sont un ordre de l’Église catholique, érigé canoniquement à la Noël 1964, dans la tradition des grands ordres chrétiens de chevalerie médiévale (ordre de Malte ou ordre du Saint-Sépulcre de Jérusalem) » Tout est dit. Bien-sûr que l’ampleur du travail de restauration est considérable. Cependant Dom Lafond a réalisé une chose essentielle.

Hector de Sainte-Hermine       Laquelle ?

Bruno Marie Rochet       Il a réalisé ce que vous admirez : des chevaliers. Je fais encore ce parallèle qui me tient à cœur. A notre époque, la Chevalerie est devenue caricaturale : déguisements cosplay, adoubements fantaisistes au sein d’associations de pacotille, confréries chevaleresques pour défendre une appellation culinaire aoc, etc. Bien. En 1970, le Sacerdoce était aussi devenu chose risible. Malgré tout, Mgr Lefebvre fondait le Séminaire d’Ecône avec l’aide des chevaliers de Notre-Dame 3.

Le fondateur de la Fraternité Saint-Pie X contribuait donc en 1970 à restaurer la Sainte Église en ordonnant des  prêtres. De même, mais toutes proportions gardées, vingt-cinq  années auparavant, en 1945, un jeune Normand, Gérard Lafond, songeait à adouber des chevaliers, pour restaurer la civilisation chrétienne. Avec l’installation du gaullisme et de la maçonnerie aux commandes d’un pays ravagé par la guerre, sillonné par une nouvelle armée d’invasion, dans une ville en partie rasée par les bombardements anglo-américains 4, songer à une renaissance de la civilisation pouvait apparaître comme une gageure.
 
Hector de Sainte-Hermine       Je vous remercie de cette précision.
 
Bruno Marie Rochet       Le 6 août 1945, le jeune homme, âgé de dix-huit ans, frappait à la porte de l’abbaye bénédictine de Saint-Wandrille. C’est ainsi que naîtra une forte amitié avec Dom Gontard, qui va le conseiller pour cette fondation. De fortes amitiés s’étaient nouées, par le passé, entre des moines et des chevaliers. Pardonnez-moi de parler de mon saint patron, mais saint Bruno était un grand ami des chevaliers normands d’Hauteville. Saint Bernard était ami des Templiers. Saint Dominique l’était de Simon de Montfort. Dom Gontard deviendra le premier Chapelain Général de l’Ordre 
 
 
Hector de Sainte-Hermine       Gérard Lafond était-il chevalier lui-même pour entreprendre de fonder un ordre de chevalerie ?

Bruno Marie Rochet       Non. Il ne sera fait chevalier que le 26 octobre 1947, par S. Exc. Mgr Roger Beaussart, évêque auxiliaire de Paris, suite aux démarches de Dom Gontard. Ce jour-là, l’évêque administrait l’adoubement liturgique, ou Benedictio Novi Militis, à quatre chevaliers qui étaient Gérard Lafond bien-sûr, Pierre Virion le fameux historien, Yves Maurisset et Georges Lambert. Il est nécessaire de faire une distinction. C’est vrai qu’un chevalier ne peut être adoubé que par un chevalier, un évêque ou un Abbé mitré, mais un catholique qui n’a pas reçu l’investiture de l’adoubement peut, bien entouré et conseillé, fonder une confrérie. Il se hâtera de recevoir l’armement du chevalier puis faire des chevaliers à son tour. C’est ce que fit Dom Lafond, puisque cela ne heurte pas la tradition chevaleresque. L’Ordre Teutonique a bien été fondé en 1128 à Saint-Jean-d’Acre par de pieux marchands qui n’étaient point chevaliers. Ils étaient originaires de Brême et de Lübeck, deux villes allemandes séparées par 180 kilomètres.

La plaque en souvenir de l’érection canonique de l’Ordre de Notre-Dame à Chartres (1964) en la Crypte Notre Dame Sous-Terre

Hector de Sainte-Hermine       Je comprends mieux. Il n’avait pas de chevaliers dans son ascendance ?
 
Bruno Marie Rochet (sourire)       J’ignore si la dynastie bourgeoise des Lafond comptait quelques chevaliers. Monsieur Lafond père qui possédait en Normandie le château de Tourville, avait remarqué le goût de son fils pour l’histoire. Un érudit copropriétaire du Journal de Rouen ne pouvait qu’encourager les travaux de son fils Gérard. Ce dernier avait entrepris des recherches généalogiques sérieuses sur le fief des seigneurs de Tourville. Pour le récompenser de ses recherches, M. Lafond offrir à son fils Gérard le célèbre livre de Léon Gautier, « La Chevalerie ». Il semblerait que ce fut, chez Gérard Lafond, l’élément déclencheur d’un amour enraciné pour cet idéal.
 
Hector de Sainte-Hermine       Beaucoup de personnes sont passionnées de chevalerie, mais rares sont celles qui voudraient se lancer dans une aventure pareille. Savez-vous ce qui motiva le jeune Lafond à fonder un ordre de chevalerie ?
 
Bruno Marie Rochet       L’appel vint de Rome. Le pape avait appelé les catholiques a relever la civilisation chrétienne abattue : un pays dirigé désormais par le gaullo-communisme  aidé de la franc-maçonnerie et ravagé par la guerre, bombardé… Pie XII demandait aux laïcs de prendre en main la restauration catholique de leur pays. Or quoi de mieux que la Chevalerie qui est établie par l’Église pour l’instauration et la défense de la Chrétienté ? Gérard Lafond eut donc l’excellente idée de répondre à l’appel du Souverain Pontife en formant un nouvel ordre de chevalerie nouveau, adapté à notre époque mais répondant à la fin générale de la Chevalerie. Il s’agit d’un idéal millénaire, fondé sur les valeurs de la Chevalerie, et bénéficiant des grâces du sacramental de l’adoubement liturgique offert par la Sainte Eglise, et de la tradition des Ordres militaires, avec les grâces de la profession. :
 
Hector de Sainte-Hermine       Profession dites-vous ?
 
Bruno Marie Rochet       En chevalerie, quand on parle de « profession » chevaleresque, à l’image de ce qui se passait dans les anciens grands ordres militaires, il s’agit de l’acte sacré de « professer ». Avant d’être armé chevalier de Notre-Dame, l’écuyer-donat professe trois vœux privés à titre définitif. C’est la signification du manteau blanc qu’il porte désormais. 
 
Hector de Sainte-Hermine       Si je vous ai bien compris, le fondateur était un fils d’une des bonnes familles rouennaises, épris de Chevalerie, qui bénéficia des lumières d’un supérieur d’abbaye, également passionné du même sujet. Un rat de bibliothèque et un moine suffisent-ils pour fonder un ordre de chevalerie ?
 
Bruno Marie Rochet (sourire)       A première vue, effectivement, un rat de bibliothèque et un moine (rire) cela semble un peu léger pour fonder une chevalerie… Ce que j’ai oublié de vous dire, c’est que Gérard Lafond, aidé des relations de Dom Gontard, sut bien s’entourer : Mme le Gonidec de Penlan future fondatrice d’une communauté religieuse dans l’obéissance à la Règle de Notre Dame de la Salette, Fernand Geslin le fondateur de la Cité Saint-Bernard, Paul Bertrand de La Grassière qui était un des restaurateurs de l’Ordre de Saint-Lazare, M. Houdart de la Motte le restaurateur de la Milice de Jésus Christ, C’est chez M. de La Grassière, qu’une réunion de lancement de l’ordre eut lieu, le 5 septembre 1946, faisant de Gérard Lafond le premier Maître de l’ordre.
 
Hector de Sainte-Hermine       La consultation d’internet aidant (ce document est en ligne), j’appris que les chevaliers suivent une règle, comme les templiers. 
 
Bruno Marie Rochet       La différence entre eux et nous est que les templiers étaient des religieux, tandis que nous autres sommes des séculiers qui vivons dans le siècle ; nous sommes mariés pour la plupart d’entre-nous et avons un métier. Ce qui nous rapproche des Pauvres Chevaliers du Christ, leur vrai nom, est que, comme eux, nous sommes des réguliers. Nous obéissons à une règle, qui est consultable sur internet, il est vrai. Aidé des personnes dont j’ai cité les noms, Mme le Gonidec de Penlan, MM. Fernand Geslin, Paul Bertrand de La Grassière, Houdart de la Motte, Gérard Lafond entreprend la rédaction de la « Règle des Chevaliers de Notre-Dame » en janvier 1947.
 
A Suivre : les belles années (1947-1968)


  1. Lire à ce sujet l’article « Rome attaque la gloire de la Mère de Dieu » ↩︎
  2. Lire de même « Les jappements d’une fausse Chevalerie » ↩︎
  3. « L’idée me vint de consulter l’Ordre des Chevaliers de Notre-Dame sur le projet de
    prêtres-chevaliers qui dépendraient de S. Exc. Mgr Michon, protecteur de l’Ordre. Je fis part de cette proposition au colonel Jehan de Penfentenyo, grand-maître de l’ordre (…) très aimablement le Grand-Maître me suggérait de prendre contact avec les chevaliers du Valais qui avaient un immeuble qui pourrait être utilisé comme séminaire. » Mgr. Lefebvre ( cité par Mgr Bernard Tissier de Mallerais dans son livre « Marcel Lefebvre, une Vie » – Ed. Clovis 2022) ↩︎
  4. https://www.memoirenormande.fr/medias-rouen-apres-le-desastre-614-8032-1-0.html  ↩︎

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