Entretien avec le Maître de la branche traditionnelle de l’Ordre des Chevaliers de Notre-Dame

Lame de France : Bonjour Maître. C’est bien ainsi qu’on nomme le supérieur d’un Ordre de Chevalerie, n’est-ce pas ?
Le Maître : C’est exact. Bonjour cher ami.
Lame de France : Permettez que je vous présente mes compliments, puisque vous avez été récemment réélu comme Maître en juillet 2025, lors du chapitre-général de votre Ordre.
Le Maître : Je vous remercie. Oui, par la grâce de Dieu. C’est un grand et bel honneur.
Lame de France : On y reviendra plus loin. Allons-y pour la première question : qu’est-ce qu’un chevalier de nos jours ?
Le Maître : Commençons plutôt par poser ce qu’un chevalier n’est pas : ce n’est pas un homme qui se déguise, pour des soirées, « reconstitutions historiques » et autres défilés honorant le Moyen-Âge. Notre conception du Chevalier n’est pas non plus honorifique, même s’il est vrai que le nom reste un titre porté par certains nobles. Un chevalier est un « militant ». Le terme en latin médiéval pour « chevalier » qui est « miles » a donné les termes de « militaire » et de « militant ». C’est un militant dans l’ordre politique et social, dont la mission est d’agrandir ici-bas les frontières du royaume de Dieu. Le chevalier combat pour une cité intégralement catholique. Un militant qui par l’adoubement – qui est un sacramental – reçoit grâces d’état et mandat d’Église pour accomplir cette mission. Combattre pour le Christ-Roi dans la Cité devient son devoir d’état.
Tradition et Modernité
Lame de France : Je vous entends bien. Vous me dites que l’objet de votre Ordre n’est pas la reconstitution historique, mais vous portez bien un blanc manteau et une cotte qui rappellent très exactement la tenue que portaient les chevaliers des Ordres Militaires, il me semble ?
Le Maître : Il s’agit de l’Habit cérémoniel. C’est un vêtement béni par la Sainte Église, qui est composé d’une cotte d’armes grise – blanche pour le Maître de l’Ordre – d’un ceinturon avec son Chapelet de Saint-Michel, et d’un Manteau. Celui-ci est gris pour les donats qui font des vœux provisoires, et blancs pour les chevaliers, ces frères adoubés qui font des vœux perpétuels. Nous l’utilisons pour nos chapitres-généraux annuels, nos cérémonies et événements solennels. Avec cet Habit, les membres adoubés, qui ont le beau nom de « chevaliers », portent aussi leur épée, qui a été bénite lors de leur adoubement.

Il s’agit d’honorer les origines médiévales de la Chevalerie et la tradition de la bénédiction de l’épée du nouvel adoubé, l’épée le symbole de sa vocation. Pour le reste de nos activités, nous revêtons nos tenues de campagne, tenues tactiques bien plus pratiques et adaptées à nos activités.
Lame de France : Si je devais comparer votre idéal à une institution militaire actuelle, je dirais que le chevalier est une sorte de casque bleu catholique. Les forces armées onusiennes ont une mission. Quelle est celle des Chevaliers de Notre-Dame ?
Le Maître : « Étendre ici-bas les frontières du Royaume de Dieu. » selon la célèbre citation de Léon Gautier 1, lutter pour une Cité intégralement catholique.
Lame de France : Est-ce à dire que vous souhaitez que la Sainte Église Catholique Apostolique et Romaine gouverne un jour directement, ou par délégation, la société ?
Le Maître : Je n’ai pas dit cela. L’Ordre de Notre-Dame n’est pas cléricaliste. La Cité intégralement catholique évoquée ne saurait être une théocratie cléricale, ni un gouvernement des évêques, encore moins une Église transformée en administration civile. Ce que nous affirmons, c’est autre chose : la société doit être ordonnée à la vérité, et la vérité sur l’homme, sur le bien, sur la justice, sur la fin dernière, l’Église seule la garde sans mélange. Gouverner chrétiennement, ce n’est pas déléguer le pouvoir temporel au clergé ; c’est reconnaître publiquement que le pouvoir temporel, souverain en son domaine, est soumis à un ordre moral objectif, antérieur et supérieur à lui. La Cité catholique, c’est une société où :
la loi naturelle n’est pas négociable ;
le bien commun prime les intérêts particuliers ;
la famille est reconnue comme cellule première ;
l’autorité est conçue comme un service rendu sous le regard de Dieu ;
l’erreur n’est pas érigée en droit sacré au nom d’une neutralité fictive.
Dans un tel ordre, l’Église n’administre pas, mais juge moralement ; elle enseigne ; elle rappelle ; elle avertit ; elle condamne quand il le faut. Elle ne gouverne pas à la place des princes ; elle empêche les princes de se prendre pour des dieux. C’est exactement ce que l’histoire chrétienne a toujours su faire : distinction des pouvoirs et coopération oui ; séparation non. Le politique est autonome dans son champ, mais non pas indépendant de la loi de Dieu ; autrement, il devient tyrannie ou chaos. Le Chevalier de Notre-Dame ne réclame donc pas un gouvernement ecclésiastique. Il réclame des gouvernants soumis à la Vérité, des lois jugées à l’aune du vrai et du juste, une société qui accepte de ne pas se fonder elle-même. Car une Cité qui refuse Dieu ne devient pas neutre. Elle devient idolâtre et elle finit toujours par adorer l’État, le nombre ou la force.
Lame de France : Je suis entièrement d’accord avec cette présentation des choses. Maître, cela a été évoqué en début d’entretien : vous avez été réélu en juillet 2025, pour sept ans renouvelables à la fonction de Maître de votre Ordre. Comment êtes-vous élu ? Comment ça se passe ? Qui élit le Maître de l’Ordre ?
Le Maître : Chaque Maître est élu par le Collège des Baillis, seul organe d’élection de l’Ordre. J’avais déjà été élu Lieutenant Magistral en 2022. Un Lieutenant Magistral est tout simplement le Maître de l’Ordre, mais élu pour un mandat de 3 ans et non de 7 ans renouvelables. Ses pouvoirs sont les mêmes. Seule la durée du mandat est plus courte. Est élu Lieutenant Magistral tout Maître investi à cet office pour la première fois. Ce qui était mon cas, avant ma réélection de 2025.
Vocation politique et Spiritualité mariale pour le Christ-Roi
Lame de France : Vous m’avez dit, il y a quelques minutes, que le chevalier était un « militant dans l’ordre politique et social ». Nos lecteurs pourraient vous demander pourquoi un bon militant catholique au service du Christ-Roi, ne pourrait pas rejoindre simplement un bon mouvement national-catholique en ce cas ? Nous n’en manquons pas. Pourquoi être obligatoirement chevalier ? Il est certes bon d’honorer les traditions et notre glorieux passé certes, mais sauf votre respect, n’est-ce pas aujourd’hui un peu anachronique de se dire… chevalier ?
Le Maître : Eh bien non et ce, pour au moins quatre raisons : tout d’abord, tout militant contre-révolutionnaire travaille à retrouver une société plus organique. Organicité que la Révolution a saccagée. Or, dans une société organique, les choses se font dans des corps constitués, stables et identifiables ; ce qu’est la Chevalerie. Vouloir la contre-révolution c’est donc nécessairement vouloir également la Chevalerie.
Ensuite, tout militant pour la restauration de la Chrétienté veut nécessairement le retour des institutions de Chrétienté qui ont permis non seulement son émergence, mais également son développement et sa protection. C’est précisément le rôle qu’a joué la Chevalerie, avec les Ordres de Chevalerie, vis-à-vis de la Chrétienté. Vouloir la Chrétienté, c’est donc nécessairement vouloir la Chevalerie.
Au surplus, dans une telle perspective, combattre pour la Contre-Révolution et le Christ-Roi, c’est vouloir obtenir les grâces d’état et le mandat d’Église qui en sont le corollaire. Or, c’est précisément ce que confère l’adoubement, sacramental qui crée le chevalier. Il s’agit donc dans les trois cas, d’une question de cohérence.
Lame de France : L’adhésion à un mouvement catholique ne procure au militant aucune grâce d’état ni mandat octroyé par l’Église, en effet…
Le Maître : Enfin, il y a une raison tout à fait pratique. Les mouvements contre-révolutionnaires invitent à un combat politique et social très louable. De même, ils sont ouverts au plus grand nombre. Ce qui n’est pas le cas de la Chevalerie. Ils permettent ainsi à tout un chacun un investissement à la carte, selon ses prédispositions, son temps sa sensibilité et ses talents. Même un simple sympathisant est le bienvenu dans un mouvement. Cela étant posé, ce caractère ouvert propre au mouvement implique une exigence moindre en matière de perfectionnement spirituel, physique et intellectuel. Certes, un mouvement pourra proposer et encourager ses membres à se parfaire. Mais les y obliger, non. Or, la Chevalerie véritable, par le biais de la vie de son Ordre et par l’obéissance à une Règle qu’elle suppose, exige ce travail de perfectionnement permanent, spirituel, physique et intellectuel. Au sein de l’Ordre des Chevaliers de Notre-Dame, c’est une véritable obligation pour chacun de ses membres. Nul ne saurait s’y soustraire. Pour cette raison, tout membre de l’Ordre est nécessairement un militant actif.
Lame de France : Mais qu’est-ce cela change, concrètement dirais-je, du point de vue de l’objectif : l’action politique contre-révolutionnaire ?
Le Maître : C’est en pratique déterminant : en effet, si nous ne faisons la contre-révolution qu’autour de nous et pas d’abord en nous, toute victoire politique sera vaine, car nous reproduirons largement les schémas de fonctionnement révolutionnaires qui nous ont été inculqués. En peu de temps, la société reprendra une forme révolutionnaire, avec de nouvelles têtes certes. La Révolution a subjugué nos sociétés… et nous avec. Ne serions bien avisés de ne pas l’oublier. On ne rebâtira rien avec des cerveaux fonctionnant sur un logiciel révolutionnaire. Le perfectionnement constant qu’exige la Règle dans un Ordre de Chevalerie traditionnel permet largement de répondre à cet écueil. C’est pourquoi le chevalier a vocation à diriger ou à tout le moins à figurer parmi les cadres des mouvements contre-révolutionnaires actuels. Et si la Chevalerie n’avait pas failli historiquement, c’est exactement ce que l’on pourrait constater aujourd’hui.
Lame de France : Je comprends mieux en vous écoutant. Les mouvements ont leur raison d’être. Aux temps des anciens chevaliers, le mouvement existait : la croisade, le parti de la Maison d’Armagnac durant la guerre de Cent Ans, etc. Ne négligeons donc pas le mouvement. Cependant si je veux le mieux, pour moi et pour la cité, le mieux reste de rejoindre un ordre de chevalerie, le vôtre en l’occurrence, et de me faire chevalier.
Le Maître (sourire) : Je vous prends au mot…
Lame de France (sourire de même) : Aucun choix de vie ne doit pas se prendre à la légère. Cela demande réflexion. En tous les cas, votre démonstration est séduisante, parce-que cela sonne vrai, évident. J’en viens à cette vocation, celle du chevalier : elle est donc politique comme celle d’un membre de tiers-ordre est religieuse. Que demandez-vous, sur le plan politique, à vos membres ? Votre Ordre a-t-il une position politique et laquelle ?

Le Maître : Commençons par votre dernière sous-question si vous permettez : la seule position politique de l’Ordre est le Christ-Roi des âmes, des familles, des institutions et de toute la société. En ce sens, l’Ordre n’est formellement lié à aucun mouvement politique, bien qu’il puisse promouvoir ponctuellement les actions et événements de tel ou tel, s’il le juge nécessaire. En revanche, l’Ordre exige de ses membres un véritable investissement militant dans la Cité. Dans la mesure de leurs possibilités, ceux-ci doivent rejoindre un mouvement et s’y montrer actif. Que ce mouvement soit national-catholique ou royaliste. De même, les membres de l’Ordre animent des chaînes vidéos sur le net, notamment sur Telegram sur des thèmes en cohérence avec la mission de l’Ordre. Enfin, l’Ordre encourage fortement la création de véritables cercles extérieurs par ses membres. Collectifs, mouvements, associations, sans lien direct ou officiel avec l’Ordre, destinés à répondre à des problématiques locales spécifiques, d’une façon qui aille dans le sens du combat pour le Christ-Roi. Leur objet est donc nécessairement dépendant des réalités locales, vécues par chacun des frères de l’Ordre.
Lame de France : C’est intéressant. Je connais déjà vos publications vidéos sur votre chaîne « La Nouvelle Chevalerie ». Pourrait-on connaître le nom de quelques-uns de ces « cercles extérieurs », de ces chaînes ?
Le Maître : Ces cercles, comme ces chaînes, n’étant pas officiellement affiliés à l’Ordre et n’ayant pas même nécessairement vocation à s’en réclamer directement, il est plus judicieux de ne rien nommer.
Lame de France : Évidemment. Veuillez pardonner la question.
Le Maître : Je vous en prie. Il s’agit pour chacun d’entre nous de travailler à la gloire du Christ-Roi, et non en soi à la gloire de l’Ordre ou de ses membres.
« Un corps désarmé précède toujours une âme désarmée. »
Lame de France : Évoquons avec vous l’aspect martial de votre Ordre. Je parlais récemment de votre ordre avec un ami nationaliste, épris de Chevalerie comme beaucoup, pour qui l’Ordre de Notre-Dame n’est pas la Chevalerie, parce que les anciens chevaliers se battaient et s’entraînaient, eux physiquement. On imagine actuellement les ordres de chevalerie comme de simples réunions mondaines. Que répondez-vous ?
Le Maître : Il est vrai que la quasi-totalité des Ordres historiques sont devenus parfaitement mondains et ont abandonné ce qui fait la mission de tout chevalier :

« élargir ici-bas les frontières du Royaume de Dieu ». Les autres ont adopté une vocation priante, spirituelle. Il est tout aussi vrai que dès qu’on entend parler de Chevalerie de nos jours, on tombe assez facilement sur des groupes de personnes qui semblent se déguiser pour jouer aux chevaliers, dans une perspective finalement assez romantique, pour ne pas dire que cela ressort parfois du fantasme.
De même, il est juste d’affirmer qu’historiquement les « miles » de l’époque des grands
Ordres de Chevalerie en particulier, combattaient physiquement les armes à la main, à tel point que pour beaucoup, le chevalier est une sorte de soldat médiéval. Pour autant, réduire le chevalier à ce statut, reviendrait en réalité à confondre le moyen et la fin. La fin de l’action du chevalier – la mission chevaleresque – est donc d’élargir ici-bas les frontières du Royaume de Dieu. Les moyens utilisés pour atteindre cette fin dépendent en réalité de la situation et de ce qu’elle exige pour que la fin soit satisfaite.
Lame de France : Pouvez-vous donner un exemple historique ?
Le Maître : Par exemple, même s’ils combattaient effectivement, la vocation fondamentale des Chevaliers de l’Ordre de Saint Jean de Jérusalem, dits « Hospitaliers », était de prier et d’apporter soins et assistance au bénéfice des pèlerins, des malades et des pauvres. C’était aussi de la sorte qu’ils répondaient à la situation qui se présentait à eux, avec la même fin chevaleresque en vue. Ils n’en étaient pas moins chevaliers en cela. De sorte que contrairement ce que l’on pourrait penser, l’usage des armes de guerre, le métier des armes, n’est pas inhérent à la Chevalerie. Et si historiquement le chevalier fut surtout un guerrier stricto sensu, bien qu’il n’ait pas été que cela même à l’époque, c’est tout simplement parce-que la promotion et la défense de la Chrétienté, mission fondamentale du chevalier, impliquait alors, avant tout, le recours aux armes. Le chevalier est celui qui fait ce qui doit être fait, dans le respect le plus strict des principes catholiques, afin de promouvoir le Christ-Roi dans la Cité. Et cela peut aussi impliquer de savoir soigner, enseigner, former, alerter etc. La mission chevaleresque ne change jamais. Les moyens peuvent et doivent s’adapter.
Pour en revenir à l’Ordre des Chevaliers de Notre-Dame, nous agissons aujourd’hui au niveau politique et social dans la Cité, en intégrant des mouvements, en développant des cercles extérieurs répondant à des réalités et problématiques locales. De même, nous développons une vocation hospitalière. Dans cette perspective, une formation PSC1, voire un SST ou un PSE1 est exigée de tout postulant. L’Ordre fournit par suite en interne une formation poussée au secourisme en zone hostile.

Aujourd’hui les royaumes chrétiens sont tombés, le Vatican lui-même ne souhaite plus la Cité catholique, et les principes révolutionnaires règnent en maîtres absolus sur la plupart des esprits. En soi, aucune arme de guerre, aucune armée même importante, n’y pourrait rien changer pour l’heure. Par conséquent, en sus de l’action politique et sociale dans la Cité, il nous incombe pour le moment de protéger et maintenir les petits restes de Chrétienté, de développer les compétences pour venir en aide à notre prochain face à une situation géopolitique de plus en plus instable, de promouvoir et appuyer les bonnes initiatives, autant que de mener au long cours un véritable travail de reconquête des esprits. Avec le souci de transmettre le flambeau de la Chevalerie de génération en génération, afin qu’au milieu des ruines, demeure l’institution. En veillant toujours à nous montrer dignes et capables d’être les « gardiens de la Tradition chrétienne », les « héritiers de quinze cents ans de civilisation chrétienne », comme l’exige notre Règle au chapitre III. L’enjeu fondamental se trouve là. Et il est immense.
Lame de France : Si j’ai bien compris, tout frère de l’Ordre est astreint à une formation politique, hospitalière selon vos termes. Et sportive ?
Le Maître : Pour rassurer un peu votre ami, je puis vous affirmer que chaque membre de l’Ordre est tenu effectivement de justifier d’une pratique sportive et martiale régulière. Une épreuve physique annuelle permet d’ailleurs de s’assurer que chacun maintient bien une forme physique minimale. De même, tout postulant passe des épreuves conditionnant sa réception. Parmi ces épreuves il y a bien un test physique, qui n’a rien d’anodin. Notre Code d’Honneur indique que le chevalier « maintient la tradition de ses pères ». Nos pères en Chevalerie savaient incontestablement manier les armes, et combattre tout simplement. Dom Lafond, notre fondateur, écrivait en 1957 : « Le chevalier doit pouvoir recourir à la force pour défendre les biens qui lui sont confiés en garde. Ce pouvoir est absolument essentiel à la Chevalerie, mais il n’est pas nécessaire qu’en fait le chevalier recoure à la force : cela dépend des circonstances. Toutefois, exclure en droit ce recours à la force, c’est renoncer à la Chevalerie, ou n’appartenir qu’à une Chevalerie au sens métaphorique. Ce n’est pas le cas de l’Ordre des Chevaliers de Notre-Dame. »

Une chevalerie qui ne saurait, ni ne voudrait, plus recourir à la force ne serait sans doute plus la Chevalerie. Pour conclure sur ce point, si notre action n’est pas aujourd’hui guerrière stricto sensu, nous prenons soin de maintenir ce que Château-Jobert qualifiait « d’esprit choc ». Nous ne parlons pas ici de divertissement ni d’entretien hygiénique du corps. Nous parlons d’exigence. L’Ordre impose à chaque Frère une pratique sportive régulière, structurée, assumée : musculation, condition physique générale, travail du souffle et de l’endurance.
Le corps n’est pas un accessoire possible de l’âme ; il en est l’instrument. Un instrument négligé devient vite un obstacle. Mais cela ne suffit pas. À cette base s’ajoute une obligation claire : justifier d’une pratique martiale réelle. Pas une gestuelle symbolique, pas une discipline mondaine, mais une pratique dure, exigeante, éprouvante. Arts martiaux durs, sports de percussion, disciplines de contact. Il s’agit d’acquérir une condition physique optimale et, surtout, une capacité effective à défendre le bien. Le reste relève de la posture. Il faut être lucide : cela suppose le travail sans relâche. Répéter, encaisser, corriger, recommencer. Monter en compétence implique la pénibilité. Cela implique la fatigue, la douleur acceptée, l’effort consenti quand l’envie a disparu. Sortir durablement de sa zone de confort. Celui qui refuse cette loi du réel se raconte une chevalerie de salon. Notre Règle engage à vivre dans la rudesse. Non par goût de la souffrance, mais parce que la rudesse forge la tenue intérieure. Elle détruit les illusions, discipline les nerfs, ordonne la volonté. Elle apprend à rester droit quand le corps proteste, à demeurer lucide sous la pression, à ne pas fuir quand l’épreuve se présente. Historiquement, le Chevalier ne se relâchait jamais. Hors du champ de bataille, il s’entraînait. Il entretenait sa force, son adresse, sa résistance. Il savait qu’un corps désarmé précède toujours une âme désarmée. Nous suivons la voie de nos Pères : demeurer aguerris, prêts, disponibles. Que serait un Chevalier incapable de réagir physiquement à une agression ? Un homme réduit au discours ! Or nous sommes des êtres incarnés. Le combat se mène sur tous les plans : spirituel, intellectuel, moral. Et, si nécessaire pour la défense du bien, il doit aussi pouvoir se mener physiquement. Le corps doit pouvoir être au besoin, l’instrument du combat.

Lame de France : Maître, ce n’est pas à vous que j’apprendrais que la Sainte Église a fondé des institutions sociales, parmi elles la Monarchie royale et impériale, la Chevalerie et les Ordres Militaires. Et la Croisade ! Mais Pie XII fut le dernier pape à en évoquer l’opportunité dans son radio-message de Noël 1956 lors de l’écrasement de la Hongrie par les chars soviétiques. L’Europe est truffée de rois. Mais ces royautés ne sont pourtant plus que des démocraties couronnées, sous peine d’être renversées. Grâce à vous, on a toujours des chevaliers. Mais que dire du combat chevaleresque ? On n’est plus en 1096, par exemple…
Le Maître : Votre question est intéressante. En 1096, le chevalier vivait dans un monde certes imparfait, mais pourtant bien plus sain : la Chrétienté était établie ; la Sainte Église assumait sa vocation ; la liturgie était au cœur de la vie ; les offices marquaient le temps et les cloches rythmaient la vie ; les princes chrétiens – même les plus indignes d’entre eux – reconnaissaient que le Christ était Roi. La vie chevaleresque s’inscrivait dans un univers profondément chrétien, où les clercs bénissaient les armes, où l’idée même de défense de la foi n’était pas un slogan mais bien une norme socialement valorisée. La croisade n’était pas une nostalgie : c’était un horizon concret, honorable et nécessaire. Le combat avait ses dangers, ses excès, ses péchés, mais il avait un cadre noble. En 2026, plus rien de tout ceci n’existe. Le chevalier n’est soutenu par aucune institution temporelle, et – il faut le dire avec franchise – plus guère par les institutions ecclésiales elles-mêmes, du moins dans leur expression publique dominante depuis le Concile Vatican II. L’État n’est plus chrétien nulle part en Europe, sauf en façade pour quelques monarchies transformées en démocraties couronnées, comme vous dites, qui ne gouvernent plus selon l’Évangile. La France, autrefois fille aînée de l’Église devenue fille gâtée et servile de la Révolution, a même élevé la neutralisation de la foi au rang de vertu républicaine. Quant à l’Église visible, elle ne donne plus ni croisade, ni condamnations claires des erreurs, ni colonne vertébrale doctrinale combative ; elle dialogue, accompagne, se veut « proche du monde », au point que le mot même de combat spirituel semble trop tranchant pour certains pasteurs. Le chevalier de 2026 se trouve donc dans une situation que son ancêtre du XIe siècle n’aurait jamais imaginé : il doit livrer bataille sans bannière institutionnelle, sans prince chrétien, sans ordre social favorable, souvent même sans soutien explicite de ceux qui devraient être ses capitaines spirituels, quand ces derniers ne se liguent pas directement contre lui, mus par une forme de crypto-quiétisme ou de mauvais surnaturalisme non assumé.

Ce n’est plus l’Église qui appelle les chevaliers ; ce sont les chevaliers qui rappellent l’Église à sa mission.
Le prince ne commande plus la justice ; il promulgue des lois contraires au droit naturel.
Les prêtres ne prêchent plus la guerre à l’hérésie ; ils bénissent volontiers des journées interreligieuses et des situations peccamineuses elles-mêmes, en pensant apaiser le monde. Et l’ennemi, jadis visible, est désormais diffus, total, intérieur, culturel : le relativisme, le mensonge, l’idéologie, la manipulation des enfants, la dissolution du vrai, la destruction de la famille. Autrefois, le combat du chevalier consistait à purifier son cœur pour agir dans le cadre d’un ordre social existant. Aujourd’hui, il doit créer une enclave de vérité dans un monde livré au flux permanent avant même de pouvoir envisager d’agir. Il doit défendre l’innocence alors que l’État lui-même la profane. Il doit protéger la foi alors que la société la méprise. Il doit proclamer la loi naturelle alors que les institutions la renversent. Il doit restaurer une verticalité que le monde traite d’arrogance dangereuse. Il doit vivre des vertus héroïques dans un climat qui les ridiculise. Le chevalier de 2026 n’est plus le bras armé d’un ordre social en place, la Chrétienté ; il est le témoin vivant de cet ordre disparu. Sa mission est plus rude, plus nue, plus exigeante… mais aussi plus vertueuse et méritoire possiblement. Voilà pourquoi son combat est plus difficile qu’en 1096 : parce qu’il ne peut plus compter sur personne sinon sur la grâce, sur la fidélité à Notre-Dame et Notre-Seigneur, sur quelques pasteurs et sur ses frères en Chevalerie. C’est une faiblesse apparente, mais c’est peut-être le plus grand défi du chevalier de notre temps : Le monde ne le porte plus. Il le combat. Et tout est à refaire. Le voici donc revenu dans un monde déserté par la Foi, qui ressemble à bien des égards aux temps barbares qui avaient vu la naissance même de la Chevalerie. Ces temps rendent la Chevalerie et sa mission, plus que jamais nécessaires.
« Celui qui ne s’impose rien finira écrasé par tout. »

Lame de France : Nous en arrivons bientôt au terme de cet entretien. Avez-vous des vocations depuis votre première élection en 2022 ?
Le Maître : Nous avons beaucoup de demandes, et une nette augmentation des vocations en effet. Il faut cependant garder à l’esprit que l’engagement chevaleresque suppose une grande maturité. Un temps certain est par conséquent nécessaire pour discerner la vocation d’un Postulant, voire même d’un Écuyer.
Lame de France : C’est une information étonnante, que votre succès, en ces temps d’aquoibonisme et de désengagements tous azimuths ! Comment interprétez-vous cette recrudescence de vocations ?
Le Maître : La désintégration accélérée de notre société et notre gain en visibilité expliquent probablement la chose.
Lame de France : Si vous deviez définir la vie au sein de l’Ordre, que diriez-vous ?
Le Maître : Je la définirai en trois mots : Prière, Formation, Action.
Rencontrer les Chevaliers de Notre-Dame
Lame de France : Maître, quels conseils donneriez-vous à un Catholique désireux de rester debout dans la tourmente actuelle ?
Le Maître : Je lui dirais d’abord ceci : on ne tient pas debout par tempérament, mais par conversion. Tant que l’homme reste divisé intérieurement, ballotté entre ses principes proclamés et sa vie réelle, la tourmente finit toujours par l’emporter. La première urgence est donc de se convertir réellement, c’est-à-dire de remettre de l’ordre en soi-même : dans son âme, dans sa vie, dans ses priorités. Sans cela, tout n’est que bricolage.
Ensuite, pratiquer sa foi catholique. La foi sans pratique s’étiole, le courage sans discipline se dissout. Prière régulière, sacrements, ascèse concrète. Pas une spiritualité vague, mais une vie réglée. La répétition forge l’homme. Celui qui ne s’impose rien finira écrasé par tout.
Il faut se former. Un homme debout est un homme qui comprend ce qu’il défend. Formation doctrinale, historique, politique, spirituelle. Il faut des fondations solides pour résister aux vents violents. L’ignorance rend vulnérable ; la clarté rend ferme. On ne combat pas longtemps avec des slogans.
Vient ensuite le devoir de militer. Pas nécessairement au sens tapageur, mais au sens noble et efficace : prendre parti, s’engager, agir là où l’on est. La tourmente moderne broie les isolés. L’homme debout accepte le conflit, assume l’impopularité, refuse la neutralité confortable. Il sait que le bien ne progresse jamais tout seul, et que sa défense ici-bas implique un prix à payer. Et si la flamme est là, si cette exigence intérieure ne se contente plus d’une vie fragmentée, alors il faut regarder du côté d’un cadre cohérent. Un cadre de prière, de vie d’observances structurée. De devoirs. Une vie en Chevalerie, en somme.
Devenir chevalier n’est pas une décoration pour services rendus ; c’est une mise en cohérence. C’est choisir de faire correspondre ce que l’on croit, ce que l’on dit et ce que l’on vit, en intégrant la lutte, pour le Christ-Roi dans la Cité, à son devoir d’état. En recevant mandat et grâces pour accomplir cette mission. Rester debout dans la tourmente, ce n’est pas survivre en serrant les dents. C’est au plus haut niveau d’engagement, accepter d’être façonné, éprouvé, ordonné. C’est refuser la mollesse intérieure. C’est marcher droit, coûte que coûte, avec ses frères en Chevalerie, sous une même Règle, en sachant pourquoi l’on combat.
Lame de France : Il y a peut-être, parmi nos lecteurs, des hommes qui souhaiteraient rejoindre vos rangs, pour donner un sens à leur vie de militants catholiques. Pour contacter directement votre Ordre, comment fait-on ?
Le Maître : On peut nous écrire par courriel 2. On peut également remplir le formulaire de contact de notre site internet 3.
Lame de France : Nous savons que votre Ordre est bien présent sur les réseaux sociaux depuis 2023. Quelles sont les chaînes et les canaux qui émanent directement de l’Ordre ?
Le Maître : On peut retrouver les productions de l’Ordre principalement sur Youtube 4, Odysee 5 et Telegram 6.
Lame de France : Maître, je vous remercie vivement pour cet entretien bien roboratif et pour l’honneur fait à notre site, avec donc la présence d’un Maître de Chevalerie sur Lame de France.
Le Maître : Tout le plaisir était pour moi. Je suis ravi et vous remercie de votre invitation sur votre beau site, dont je ne manque aucune des passionnantes publications. Vous avez déjà su parler de nous, à plusieurs reprises. Croyez que j’y suis sensible.
