Que penser du « devoir électoral » ?
d’après « Voter : piège ou devoir » de Guennaël de Pinieux

Dans quelques semaines, la traditionnelle guerre civile va reprendre. Je veux parler de ce que Jose-Antonio Primo de Rivera appelait « la comédie des petits papiers jetés dans une urne », les élections au suffrage universel. Les fidèles catholiques seront sollicités comme à chaque fois, par des amis (« tu n’oublieras pas de bien voter, hein ?), voire par le prêtre en chaire (« s’abstenir est un péché »). Cela s’est déjà entendu…
J’ai donc estimé intéressant, pour nous catholiques, de faire le point sur ce qu’on a coutume de nommer « le devoir électoral ».
Pour ce faire, j’ai tenu à vous faire connaître l’essentiel de la passionnante plaquette du Cercle Georges Cadoudal « Voter : piège ou devoir » éditée chez Chiré en 2016.
L’enfer est pavé de bonnes intentions : voter resterait une obligation parce-que le suffrage universel est le socle sur lequel repose la démocratie, condition du bonheur du peuple. Commençons alors par nous poser une question essentielle : depuis l’instauration de leur république, celle-ci a-t-elle amélioré le sort du petit peuple ? On est obligé de répondre par la négative et de toutes manières, si améliorations il y eut celles-ci sont en proportions inférieures par rapport aux malheurs sociaux qui ont affligé le peuple de France. Depuis le génocide vendéen de 1793-1794, en passant par la répression sanglante des grèves ouvrières de 1848, pour en finir par la persécution des éleveurs en 2025-2026 rien de vraiment important n’a jamais été fait pour les malheureux sujets de leur république. De quoi parle-t-on ? Le suffrage universel est un système électoral instauré par le décret du 11 août 1792, supprimé ensuite par Bonaparte sous le Directoire, avant d’être rétabli après la révolution de 1848.
L’obligation d’être heureux en république
Sans réfléchir, tout le monde autour de nous, du cantonnier au professeur, tout le monde se dit pour le suffrage universel, puisque celui-ci nous préserve de la tyrannie des rois et des empereurs. Parmi les catholiques de Tradition, réputés être droitistes, face au suffrage-
universel l’indécision est de mise ; personne, ou très peu chez eux, ne croient en le mirage républicain.

Leurs amis démocrates leur disent alors « si vous ne votez pas, vous travaillez pour le camp adverse ! » C’est déjà un premier argument qui ébranle. Si cela ne suffit un second missile est sur sa base de lancement : « il faut voter pour le moindre mal. » Vous êtes contre le candidat X ; nous aussi. Cependant il y a pire que lui. Votez pour X afin de faire barrage à Y… En 2017 ils avaient ainsi appelé au 1er tour pour voter Macron pour faire barrage à Mélanchon. Voyez où on en est : une tyrannie socialiste de type chinois…
Les basses œuvres du suffrage universel
Il faut avant tout se souvenir qu’il s’agit d’un système politique mis en place et encouragé par la Franc-maçonnerie, dont l’ennemie n°1 a toujours été l’Église catholique. Un fidèle catholique doit se demander alors ce que vaut la soi-disant neutralité suffragiste protectrice de la pluralité des opinions…
Quel bilan peut-on tirer de plus de 220 ans du suffrage universel pour les catholiques ? Tout est allé de pair avec la déchristianisation de notre nation. On ne peut croire que c’est le seul fruit du hasard : en 1870 la France comptait 95 % de catholiques, contre 6,6 % des Français en 2021 (source : IFOP). Notre société est devenue totalement déchristianisée : abandon de la pratique religieuse, concubinage encouragé, avortement remboursé, mariage homosexuel même chez les hommes d’Église, perversions enseignées à l’école publique… Et puis réfléchissons. La loi arithmétique du nombre est censée être la loi du suffrage universel. Mais dans ce cas, pour un système fondé en 1792 puis réapparu en 1848, dans un pays aux 3/4 catholique, le système aurait du nous permettre d’avoir une succession de gouvernements catholiques.
Il n’en est rien ; bien au contraire. Le suffrage universel n’est pas un simple bidouillage technocratique pour l’élection de ses chefs ! Ce n’est pas un système par nature indifférent… Il sert les intérêts de l’enfer, puisqu’il travaille contre la civilisation que Constantin le Grand puis Théodose ont mise en place !
Contre la civilisation traditionnelle
Saint Thomas rappelle que « la forme est nécessaire à la fin de l’action. » Rien n’est indifférent en ce cas ! Tout est calculé au contraire. La société dite d’Ancien-Régime édifiait des cathédrales, tandis que « la France moderne construit des stations d’épurations et des prisons » (Guennaël de Pinieux).
Le suffrage universel est le levier politique de la France moderne, celle qui est née des principes de 1789, celle qui s’élève contre la France des clochers. Dans la France traditionnelle, les hommes se reconnaissaient pécheurs.

C’est toujours la volonté de Dieu qui
doit être respectée : « Que Votre volonté soit faite ». Dans la France moderne, le suffrage universel dit à chaque électeur « Que notre volonté soit faite ». C’est le « Je ne servirai pas » de Lucifer » craché à la face trois fois sainte de Dieu son créateur…
Dans la France traditionnelle, on votait, mais en vertu du décalogue des droits de Dieu, non du catalogue des droits de l’Homme. On votait dans une société gouvernée par le Très-Chrétien qui soumettait sa conduite publique au jugement de la Sainte Église. On votait pour élire des syndics, des collecteurs, des patres, des maîtres d’école, etc. Je ne dis pas que tout dans ces sociétés était parfait, mais ces elles constituaient un ordre permettant au Chrétien de faire son salut.
Les francs-maçons tiennent à ce que les gens votent, parce que ces mêmes francs-maçons ont assigné au suffrage universel la mission de fonder et de maintenir la cité de l’homme-Dieu. L’invention du « devoir du vote » par les autorités catholiques est l’une des pires trahisons, depuis le Ralliement initié par le pape Léon XIII.
Le 16 février 1892 par son encyclique « Au Milieu des Sollicitudes » le pape Léon XIII incitait les catholiques de se rallier à la république, dans le but d’espérer avoir des hommes politiques catholiques.

Quelle illusion, les hommes politiques catholiques, une fois élus, ont fait ce que la Révolution maçonnique exigeait d’eux dans le cadre de la 3e République…
Le processus de dégénérescence
Tout commence par ne plus vouloir mettre sa vie en adéquation avec ses idées. Le chef nationaliste Pierre Sidos (1927-2020) écrivait dans la revue dominicaine « Le Sel de la Terre » n° 51 « un des éléments déplorables du Front National c’est qu’il convertit au démocratisme et à l’électoralisme des gens qui n’auraient jamais pensé y toucher. » Charles Maurras le disait bien : « La démocratie c’est la mort ». Mort des enfants à naître, des vieillards, des paysans de France… Les catholiques qui votent me font penser aux bestiaux qui éliraient leur boucher…
Prenez M. Dupont. C’est un homme de principes. M. Dupont veut œuvrer efficacement dans la cité pour la rendre au Christ-Roi. M. Dupont est un membre de cercle d’études qui connaît bien les encycliques majeures des papes. Sa doctrine est solide. Pour répandre cette doctrine, notre catholique décide de voter pour le parti le moins mauvais. Il va ensuite y militer. Que va-t-il en résulter sur le plan du Règne politique et social de Notre Seigneur ? M. Dupont n’a pas compris qu’en France depuis 200 ans le Règne de Jésus-Christ ne s’étend qu’aux limites de la chapelle ou de l’église ! Notre catholique intransigeant, au sein du parti le moins mauvais, va subir la loi d’un système intrinsèquement mauvais : la loi du nombre.
A l’inverse de ce que recommande le théologien et militant Charles Maignen 1 « Prenons part aux luttes politiques pour instruire et non pour séduire » notre catholique va vouloir séduire. Ainsi, en vue d’être élu, notre catholique va diminuer considérablement l’épaisseur de la doctrine qu’il se propose de diffuser. On lui dira « les gens ne lisent plus… » (Ce qui n’est pas totalement faux) ou bien « Soyez sérieux, laissez tomber ce point. Vous n’aurez aucun résultat…» M. Dupont ira ainsi de concession en concession…
Pour tenter de justifier la politique de Mme Marine Le Pen, un catholique traditionaliste a été entendu disant : « Si on se met à défendre nos idées… nous n’aurons plus aucune chance de faire quoi que ce soit. »
Qu’est-ce que cela veut dire ? … Quel est l’intérêt de vouloir gagner en défendant le contraire de ses idées ? … C’est ainsi que depuis 150 ans, les catholiques ont vu leurs effectifs fondre. Ils ont permis le gauchissement des esprits. A la longue, les exigences de la vérité disparaissent : concessions…
On va nous dire « Saint Louis a bien passé des alliances avec des sultans turcs. » oui. Mais saint Louis n’a jamais fait la guerre contre un prince chrétien pour honorer une alliance passée avec les Turcs …
L’obligation de s’abstenir de voter
C’est justement pour ne pas être englouti par l’abîme, qu’il vaut mieux s’abstenir de voter et ce devoir d’abstention a été béni par Pie IX : « Je bénis tous ceux qui coopèrent à la résurrection de la France ; je les bénis dans ce but, laissez-moi vous le dire, de les voir s’occuper d’une œuvre bien difficile, mais bien nécessaire, celle qui consiste à faire disparaître, ou à diminuer, une plaie horrible qui afflige la société contemporaine, et qu’on appelle le suffrage universel… »
Que peut-on dire de la soi-disant obligation de voter ? Elle n’existe pas. Les évêques diocésains n’ont pu résister à leur manie démocratique, mais cette obligation n’existe pas. Comme le rappelle Guennaël de Pinieux « Certains papes ont fait une obligation de voter mais dans des cas particuliers. » A contrario, dans les États Pontificaux (menacés par l’unification italienne d’inspiration maçonnique), les papes ont interdit à leurs sujets l’action électorale à partir de 1848.
D’autres vous disent : « On va faire de l’apostolat électoral auprès des catholiques pour avoir des députés catholiques et le pays sera changé. » Si cela était possible, cela aurait déjà été fait depuis 1870 quand la France était catholique à 95 %… Ce serait mettre la charrue avant les bœufs. Pourquoi ? Ce n’est pas une majorité chrétienne qui christianise les institutions mais c’est la présence d’institutions chrétiennes et d’un chef chrétien qui permet de christianiser le pays.
La Gaule franque sous Clovis est devenue chrétienne parce qu’alors l’aristocratie mérovingienne et l’Église étaient associées, et que le Roi s’était fait baptiser. Lorsque Constantin le Grand promulguait l’Édit de Milan, prélude à la constitution d’un empire chrétien sous Théodose, en l’an 313 les chrétiens de Rome ne représentaient que 8 % de la population. C’est bien les chefs et leurs lois qui font un royaume chrétien.
L’obligation d’agir en catholique
Agir en catholique n’est pas voter. Je ne vous cache pas que le faisceau des solutions non démocratiques est restreint, dans notre pays où le moindre espace de liberté est, soit supprimé (« vecteur de haine ») soit lourdement encadré par la pesanteur de l’appareil administratif. Je vous ai montré que le suffrage universel est un moyen politique mauvais en soi qui conduit à un gauchissement des esprits puisqu’on admet que la vérité est établie par le nombre. C’est le suffrage universel qui a conduit à préférer le bandit Barabas à Jésus-Christ… On a vu que ce système a eu, au cours de son histoire, des conséquences négatives pour les catholiques, à commencer par le meurtre rituel du Roi-Très Chrétien et les persécutions sanglantes des catholiques à la fin du XVIIIe siècle.
Alors que faire ?
La prudence commande d’abord de s’éloigner des solutions que le système propose. Le Père Jean-Dominique Fabre, dans le livre « Le Père Roger-Thomas Calmel » publié en 2012 chez Clovis, rappelait une citation du Père Calmel : « Vous n’êtes sûrement pas tenu de voter, quoi qu’en disent les évêques. Je n’ai aucune confiance dans le suffrage universel, ni dans un chef qui dépend du suffrage universel. » Retenez bien cela lorsque l’échéance des élections va approcher : le Père Calmel rappelait que le prétendu devoir de voter n’existe pas aux yeux d’un catholique, quoi qu’en disent les autorités diocésaines. Nous avons en effet l’habitude d’être trahis par les évêques, ces loups déguisés en bergers.
La solution ne sort pas des urnes. Il est majoritairement impossible de reconstruire la cité catholique dans le système actuel. Il va falloir étudier les conditions pour provoquer une révolution nationale pour avoir enfin un pays qui cesse de persécuter les poseurs de crèches de Noël (et les paysans de France) !
La solution d’attente peut reposer dans la constitution de petits noyaux de réflexion qui désirent revenir aux principes fondateurs de la civilisation chrétienne, la cité catholique. C’est à dire, fonder des cercles qui ne soient pas inscrits en préfecture ; se réunir à cinq ou six personnes motivées pour l’étude de bons livres. Déjà, arracher un petit groupe au bourbier niveleur démocratique serait une énorme victoire.
Le grand évêque angevin du 19e siècle Mgr Charles-Emile Freppel martelait : « Le plus grand malheur pour un siècle ou un pays c’est l’abandon des principes. On peut se relever de tout le reste. On ne se relève jamais du sacrifice des principes. » Mlle Luce Quenette, qui a fondé l’excellente école catholique hors-contrat de la Péraudière écrivait : « La contre-révolution demande avant tout que l’action ne soit pas précipitée (…) L’établissement de convictions absolues doit la précéder et la méditation et l’étude ne jamais la quitter (…) les âmes de chevaliers ainsi décidées sont redoutables à la révolution. »

Je vais conclure par une jolie petite histoire qui m’a été racontée par une vieille amie. Son grand-père était un paysan fortuné, un notable du village. Un jour la voiture du candidat de gauche aux élections législatives s’arrête devant sa ferme. Nous étions alors en pleine campagne électorale. Il s’approche tout sourire du grand-père et essaie de lui serrer la main… Le grand-père était farouchement royaliste.
Le républicain se lance ensuite dans un discours fleuve pour vanter le programme de la gauche radicale. Le paysan le coupe : « Les radicaux ? … Ben moi… connaissions bien les radis roses, les radis noirs, mais les radicaux… point… »
- Charles Maignen fut un prêtre et un militant nationaliste au 20e siècle. ↩︎
